• Tiphaine Dechipre

Jour 5 : Voulême. 101km. Total: 441km.

Mis à jour : 30 mars 2020

Nous partons ce matin de Châtellerault, après un petit déjeuner royal et des vêtements tout droit sortis de la machine, information qui a son importance dans la suite de l'histoire.


Le temps est magnifique, le vent est avec nous, nous avançons à un bon rythme et pourtant, nous ne nous sentons pas au niveau de ce que l'on a déjà pu accomplir dans l'effort. Simon me dit que c'est normal, c'est parce qu'il fait beau. Devant mon air circonspect, il m'explique sa théorie : "nos cerveaux nous poussent à nous dépasser lorsqu'il pleut, que les conditions nous forcent à lutter contre nous-mêmes. En l’occurrence, quand bien même il fait beau, ce qu'on fait reste dur mais notre cerveau ne s'est pas mis en mode survie, il se croit à la plage. Par conséquent, on galère". C'est moi qui ai passé trop de temps avec lui ou ça tient la route ?


Heureusement pour moi, il m'en faut peu pour retrouver de l'énergie, il suffit de croiser une voiture immatriculée dans le 67, mon Alsace natale, pour y voir un signe me disant de continuer.


Aujourd'hui, c'est la Vienne qui nous ouvrait ses portes et avec elle, ses forêts trop vallonnées pour mes genoux endoloris. On enchaîne les montées davantage que les descentes et au bout de cette interminable ligne droite, nous passons à côté de cavaliers pratiquant la chasse à courre.


Ils étaient d'une telle élégance : un chapeau arrondi, qui prêterait à sourire hors contexte mais qui ici était parfaitement adapté, une cravate de Vènerie (oui, il m'a fallu une recherche sur Google pour trouver ce terme) attachée à l'aide d'une épingle dorée, des gants d'un blanc immaculé, une longue veste qui tombait sur leur cheval à la coiffe parfaite, un cor de chasse d'un côté et de l'autre, une dague attachée à la ceinture; accessoire dont la beauté contraste avec la barbarie de son utilité. A quelques mètres de là, je vois un enfant haut comme trois pommes, habillé d'un manteau d'un autre siècle, un style collant parfaitement à l'ambiance environnante. L'on aurait dit des personnages tout droit sortis d'un roman de la comtesse de Ségur. Pour moi qui adore les malheurs de Sophie, c'était un vrai régal pour les yeux.


La journée continue et les kilomètres s'enchaînent. On quitte une forêt pour en retrouver une autre et lors de notre pause "barre de céréales", l'on entend des coups de fusils. On rigole en se disant qu'on avait pensé à tout ce qui pourrait mettre un terme à notre aventure : blessure, vol de vélo, fermeture des frontières pour cause de Coronavirus, mais pas à l'accident de chasse !


A 14h20, le GPS nous dit de tourner à gauche sur un petit chemin caillouteux. On fonce au début et puis après cent mètres, la terre se fait boue, l'herbe devient de plus en plus haute et les sillons formés vraisemblablement par des pneus s'apparentaient désormais à de vrais ruisseaux. Je me fais peur à plusieurs reprises après avoir eu la même sensation que lorsqu'on fait de l’aquaplaning en voiture, tout bonnement la sensation de ne rien maîtriser. Je remercie intérieurement Simon de nous avoir choisi des VTT pour ce périple et continue en faisant confiance au vélo. Le but était de ne pas mettre un pied à terre afin de rester au sec. Au bout du chemin, une barrière.




Simon avance et prend conscience de la réalité. On vient de se faire plumer par le GPS, obligés de rebrousser chemin. Bien sûr, c'était impossible de le remonter à vélo tant nos roues s'embourbaient. Ainsi, nous rendons les armes et mettons le pied à terre. Nos baskets s'enfoncent dans la boue puis dans l'eau, elles font très vite "splosh splosh" à chaque pas. Il faut également tenir fermement le vélo pour pas qu'il ne tombe dans ces sables mouvants. Tout cela dans une montée de plus de cent mètres, merci Geovélo, vous êtes des champions ! Et dire qu'ils ont refusé de nous sponsoriser quand Simon le leur avait demandé. Ils avaient jugés en effet que sa demande manquait de sérieux. Leurs itinéraires aussi visiblement.


On sort enfin de ce bourbier qui nous aura fait perdre trente minutes, ce qui rend Simon fou de rage. Il me sort: "Mais ça te casse pas les c******* toi ?!". Non. "Nan mais en fait, ça t'amuse toi". C'est tellement ça. Ça m'a fait rire du début à la fin, deux salles deux ambiances. Lorsqu'on parvient enfin à remonter en selle, mes yeux se porte sur la maison juste en face de nous. Des lettres en fer forgé étaient clouées au dessus du garage et formaient ces mots : "Rien sans mal". C'est le genre de détail auquel Simon ne prête pas la moindre attention et qui dans ce contexte-là, m'a fait sourire de plus belle.


Simon me dit "J'espère qu'il y aura un sèche-cheveux ce soir, pour les pieds", phrase totalement incongrue qui ne prend son sens que si l'on a connaissance du contexte.




On est saufs ! La route fut encore longue mais au bout du chemin, nous attendaient bien un sèche-cheveux et de quoi constituer une fois de plus, un séchoir marocain. Nos vêtements sont secs, on peut aller dormir.


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